LE NAVIRE DE LA HONTE

 

 

Convoi d'esclaves

 

 

 

 


LE NAVIRE DE LA HONTE


La cale glauque du navire est remplie d'ombres
Et de fantômes jetés au fond de l'enfer.
Combien sont-ils ? On a oublié le nombre
Mais ils ne peuvent fuir, enchaînés par le fer.

Ils sont sales, répugnants, et si repoussants
Que descendre dans la cale devient une épreuve ;
Alors on les affame, ensuite on les abreuve
Si peu que certains boivent leur propre sang.

Il y a là des bébés qu'on nourrit au sein
Manquant de lait et si fragiles qu'ils meurent
Par dizaines au fond de ce tombeau malsain
Où des cris s'échappent comme des rumeurs.

Parfois on fait monter une femelle vers le jour
Et tandis qu'en bas son compagnon meurt peu à peu
Les marins la violent dans un horrible jeu
Ils rament tant ces braves, ils ont besoin d'amour.

Parfois pour amuser ces gens intrépides
Un de ces mâles d'ébène est appelé à son tour ;
Mais ces animaux préfèrent se jeter dans le vide
De l'océan plutôt que d'être le jouet des vautours.

On les a capturés là-bas dans leur savane
Pour un peu de tabac et quelques armes
Des fusils usés qui font tellement de vacarme
Qu'ils font sortir les vieux sages de leurs cabanes.

D'autres ont été pris après une longue battue
A travers ces forêts hostiles et dangereuses
Certaines des créatures se sont même battues
Mais l'homme domine la bête courageuse.

Seuls les plus robustes survivront au voyage,
Aux privations, au fouet, et au terrible cachot
Ceux qui mourront seront jetés aux cachalots
Aucun d'eux ne reverra jamais ses rivages.

Ils sont perdus pour leur patrie et leurs familles
La mère ne reverra plus jamais son fils
Le père ne retrouvera jamais sa fille
Seule la douleur est leur terre, leur édifice.

Ainsi l'Afrique est dépouillée de millions d'hommes
On prend ses enfants comme des fruits sur un arbre
En laissant derrière soi un continent fantôme
Où le futur devient une statue de marbre.

Le navire insouciant continue sa route
A travers les flots, emportant sa cargaison
Qui lutte encore et ces esclaves ne se doutent
Que plus jamais ils ne reverront leurs maisons.

 

ABAD  

LE LIVRE DU NEANT

 

 

 

Noter cette page

8/10 sur 3 votes

Sélectionnez une note dans le menu déroulant.
Commentaires (5)

5. Virginie G Le 02/04/2008 à 12:01

Que dire de cette atrocité ? Jamais plus jamais... et pourtant ...

4. Araujo Dos Santos Clorinda Le 27/02/2008 à 18:24

L' Homme est le pire des animaux, parce qu'il ne réfléchit pas alors qu'il en a les moyens ! Parfois il faut crier les horreurs commises pour qu'on ne les oublie pas ! Votre poème est une petite merveille, merci ! :-)

3. monzio compagnoni julia Le 27/02/2008 à 18:16

J'ai été très émue par ce texte d'une véracité absolument poignante... Je félicite chaleureusement l'auteur pour le message qu'il a fait passer!!! ;D

2. GT Le 24/08/2006 à 07:49

Je suis en pleine phase de découverte, et je dirais que c'est tout simplement excellent !

1. StellaC Le 22/05/2006 à 00:40

Bonne réflexion sur la race , il y a un même coeur qui bat , peut importe la couleur de la peau ...Bravo !
Ajouter un commentaire
Vous

Votre message

Plus de smileys

Champ de sécurité

Veuillez recopier les caractères de l'image :



Dernière mise à jour de cette page le 01/02/2008

Créer un site internet gratuit avec E-monsite.com - Signaler un contenu illicite - Voir d'autres sites dans la catégorie Littérature
Concert - Videos Droles - Clips musique - Cours création de site web