
LES BANNIS
Ils n'aiment pas la couleur de mes cheveux
Ils veulent que je les coupe, ils font des vœux.
Ils auraient aimé que je fasse moins de bruit
La musique que j'écoute, elle les ennuie.
Les pantalons que je porte, ils sont trop bas
Ils veulent que je les relève, c'est leur combat ;
On s'écarte de moi comme si j'étais un paria
Je suis un intouchable, j'ai la malaria.
Mon nez percé les effraie tant qu'ils en ont peur
Et mes vêtements noirs leur donnent des vapeurs ;
Dans la rue je sens leur regard posé sur moi
Qui m'étouffe, océan maudit où je me noie.
Certains ne comprennent pas le dieu que je prie
Ils maudissent ma foi, si fort, j'entends leurs cris.
Hélas on hait encore pour la religion
Comme si la foi provenait d'une région.
Ils s'éloignent de moi car j'aime librement
Je ne suis pas hétéro. C'est grave, vraiment ?
On me montre du doigt comme si j'étais fou.
Ils auraient voulu mettre une laisse à mon cou.
Hélas j'ai l'impression que mon poids les dérange
Ils sont si mal que c'est sur moi qu'ils se vengent
Mes défauts servent à les rendre moins malheureux.
Et moi ? Je brûle. Qui va éteindre le feu ?
Pour eux mes rêves ont l'odeur des marécages
Je sais, ils auraient tant voulu me mettre en cage
M'attacher dans une de leurs prisons dorées
Me mettre à genoux devant leurs dieux pour l'adorer.
Hélas de nos jours la différence est un crime
Et la sanction c'est souvent le regard de l'autre ;
Je suis ce que je suis, qu'on m'aime ou qu'on me brime
Les distances entre nous ne sont que les nôtres.
ABAD
«Le livre du néant »
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